
Auguste Mariette est né en février 1821 à Boulogne-sur-Mer. Il est un lointain cousin de Nestor Lhôte, le dessinateur de Jean-François Champollion. En classant ses notes et ses dessins sur l’Egypte, Mariette se prend d’intérêt pour le pays des pharaons. Abandonnant son poste de professeur de dessin, il décroche un emploi d’assistant au Louvre. Grâce à ce nouveau poste, il peut apprendre le copte et les hiéroglyphes. Acquérrant très rapidement une grande maîtrise de ses langues, il est envoyé par le Louvre en Egypte avec comme mission d’acheter des manuscrits coptes et syriaques. C’est ainsi que Mariette débarque en Egypte en octobre 1850. En attendant une hypothétique réponse du patriarche copte, Mariette entreprend des fouilles dans la nécropole de Saqqarah. Il a en effet été intrigué par des sphinx identiques provenant de Saqqarah observés chez des particuliers d’Alexandrie et du Caire. Or, il se souvient d’un passage de Strabon, géographe grec du Ier siècle av. J.-C., parlant des sphinx du Serapeum, lesquels étaient ensevelis entièrement ou à mi-corps sous les sables.
Après quelques jours de fouilles seulement, il découvre un premier sphinx au trois quarts enseveli. Comme il s’y attendait, il est de même facture que ceux vus au Caire et à Alexandrie. A partir du Ier novembre 1850, il met progressivement à jour le dromos de sphinx menant au Serapeum. 141 sphinx sont ainsi exhumés. Des tombeaux de la Ve dynastie sont également découverts. C’est d’un de ces tombeaux que provient la fameuse statue du scribe accroupi, l’un des chefs-d’œuvre du Louvre. A l’est du dromos, il découvre un petit temple érigé par le dernier roi de la XXXe dynastie, Nectanebo II. L’argent commençant à manquer, il est obligé de rentrer à Paris pour obtenir des fonds supplémentaires. Il les obtient en août 1851 et retourne fouiller en Egypte. Il met alors au jour les traces d’une grande enceinte rectangulaire reliée au temple de Nectanebo par un autre dromos. Il y découvre des objets, des statues et surtout des représentations du taureau Apis. La présence de ces statues lui indique qu’il est proche du Serapeum, la nécropole du dieu Sérapis.
Mais le nouveau vice-roi fait arrêter plusieurs chantiers de fouilles dont celui de Mariette. Ce n’est que le 12 novembre 1851, après six moins de pourparlers, que Mariette est autorisé à retourner sur le site. Au centre de l’enceinte, il dégage une tranchée taillée dans le roc au bout de laquelle s’ouvre une porte donnant sur un souterrain. Il vient de mettre à jour la nécropole des taureaux sacrés Apis. Il découvre, entre autre, 28 momies de taureaux intactes dans leur sarcophage en bois ainsi que la momie de Khaemouaset, l’un des fils de Ramsès II. Suite à cette découverte, Mariette est nommé conservateur adjoint du département des Antiquités égyptiennes du Louvre.
Mais Mariette ne rêve que de retourner en Egypte. Il profite d’un voyage de Napoléon III, finalement annulé, sur les rives du Nil pour obtenir l’autorisation d’entreprendre de nouvelles fouilles. Il en profite pour entretenir le nouveau vice-roi, Saïd Pacha, de son projet de sauvegarde du patrimoine égyptien. En effet, Mariette a pu constater que de nombreux fouilleurs travaillaient sans autorisation officielle (les précieux firman). Les objets découverts étaient ensuite expédiés à l’étranger. Ces fouilles étaient menées à toute vitesse, sans aucune rigueur scientifique, dans le seul but de mettre au jour des objets de valeur. Mariette propose donc au vice-roi des mesures de conservation des antiquités et lui suggère la création d’un service de protection du patrimoine égyptien. Ce qui sera fait le 1er juin 1858. Mariette est nommé directeur du Service des Antiquités en Egypte. Celui-ci doit assurer la recherche archéologique sur différents sites, ainsi que la conservation des monuments et des antiquités. Des travaux de fouilles sont entrepris simultanément sur l’ensemble du territoire : Gizeh, Saqqarah, Tell el-Yahoudieh, Abydos, Edfou. De belles découvertes sont réalisées, des nécropoles sont exhumées, des temples déblayés. Les fouilleurs indépendants doivent laisser une partie de leurs découvertes au Service des Antiquités. Les fouilles clandestines sont traquées afin de mettre fin à l’exportation de chefs-d’œuvre de l’art égyptien. Le nombre d’objets découverts s’accumulant, il convenait de les conserver et de les présenter décemment au public dans un musée archéologique. Ce musée est établi à Boulaq, le port du Caire, dans les anciens magasins d’une compagnie de remorquage. C’est le premier musée d’antiquités égyptiennes de l’Egypte.
C’est donc grâce à Mariette que l’Egypte a pris conscience de la richesse de son patrimoine et de la nécessiter de le conserver et de le protéger.
Ecrit par: Isabelle Bourleau