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D’une liberté instinctive et aguerrie au nomadisme artistique, Charlotte Marchand semble à chaque nouvelle exposition, revenir d’un long voyage où elle aurait passé l’épreuve des couleurs, fait le plein d’objets insolites, de sensations contrastées, glané quelque fantaisie au hasard de ses rencontres, et acquis force et maîtrise. De là, découlent des œuvres qui semblent avoir été imprimées par un mouvement d’inspiration et d’expiration simultané, cette respiration en plus, créative et nécessaire pour dépeindre les routes de traverse et sentiers qu’elle a empruntés. Prenant appui sur la réalité, le quotidien qui nourrit son œuvre est le même que celui qui enchante et dévaste nos vies tour à tour. Ce qui est suggéré, une confrontation amicale entre reliefs chaleureux d’un été qui s’attarde et dénuement d’un hiver endeuillé ; ce qui est donné à voir, le peint vital et l’épure encrée. Entre joyeux foutoir maîtrisé et sobriété, Charlotte Marchand s’insère dans d’autres possibles et au gré de l’espace matériel utilisé surgissent parfois des hasards provoqués. De là naissent des correspondances insoupçonnées entre couleurs, formes et matières. Ainsi, les motifs qu’elle continue de privilégier comme trame de fond, se détournent de leur propre sens pour en suggérer un autre. Figures géométriques, carreaux ou fleurs tapissent nappes, robes, papiers peints, tout ce qui drape le quotidien. Travail de réminiscence, détail et mise en exergue, aussi. Mais cet univers éminemment fleuri et poétique côtoie sans embarras un univers plus sombre d’où émanent des objets incongrus, des écrins de mort, des lichens et des éponges, des face à face avec l’absence (de corps familiers) . Charlotte Marchand explore ainsi les différents états de la vie, là des plages d’insouciance, épris d’enfance, là des pays aux âges avancés, l’hiver et ses forêts enneigées, là de tendres conversations secrètes et puis là un silence forcé. Cette capacité à jouer sur plusieurs tableaux, Charlotte Marchand la puise dans sa résistance à l’ennui, à la monotonie, acceptant que l’émotion, même la plus extrême, soit toujours à renouveler. Toutes ces évidences et exigences personnelles font de l’ensemble une œuvre vigilante et sensible. Que cette somme d’étrangetés et de familiarités puisse au premier abord dérouter n’est pas surprenant puisqu’elle fixe nos passages entre le clair et l’obscur, la vitalité et l’incapacité, la résignation et le courage.
Comme revenue d’un grand voyage d’où l’on revient toujours pareil et un peu différent, avec de nouvelles charges d’émotions, des évidences et des abandons, des épreuves, l’absence des corps familiers de l’enfance ou de la vieillesse qui disparaissent, Oxyne Vercammen
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