| DOUBLE REVEIL
Peut-on
être un mouton et se mettre à gronder en montrant les dents ?
Cette
question métait posée comme un neud permanent dans la gorge. Elle
pesait le poids dune croix de chêne. Elle resta longtemps sans réponse
criante.
Je
savais pour mon plus grand malheur que je vivais dans une bergerie tentaculaire sur une
grosse boule ronde.
Une
bergerie
et les larmes me coulaient. Je me souvenais, que depuis tout
petit, toujours les bergeries mavaient fait pleurer.
Une
nuit, je fis un rêve déchirant que je croyais absurde, un rêve tellement hyperréaliste
quil semblait me projeter hors du rêve. Tout se passait beaucoup plus vite
que dans la réalité. A un rythme rapide et saccadé de film de Chaplin.
En
trois coups de dents très pointues, aussi aiguisées que les secondes qui nous rongent la
vie, javais avalé, chair et laine, le Roi des moutons qui nétait que le
valet des bergers.
Eux-mêmes,
nétant que les serviteurs à léchine courbée, dun pouvoir absolu,
masqué et lointain.
Un
mouton peut-il manger les bergers ? Voir
Le savoir vraiment prenait
cette fois une importance capitale
Deux coups de
dents et ce fut fait. Un berger de moins dans le cheptel. Et les autres
bergers se mirent à bêler dincompréhension et de tristesse
Le sang répandu
partout était aussi épais que du chocolat fondu. Jétais écuré.
Je voulais retourner dans le giron de ma mère, ou mieux encore, dans son ventre.
Mais comment la retrouver au sein de cet immense troupeau ?
Courir vers la
rivière, voir les tatouages sur mes fesses dans le miroir de leau. On
mavait dit quelles étaient marquées de chiffres et de lettres pour me
distinguer des autres moutons, suivis dautres chiffres et dautres lettres qui
désignaient ma mère. Le certificat dorigine
Je me
contorsionnai et finis par lire dans londe: « Blaise, fils
de
»
Blaise ?
Je ne mappelle pas Blaise !
Plus tard,
métant réveillé tout en croyant dormir encore pendant plusieurs jours, je
découvris dans un livre que « Blaise » était un mot dorigine celtique
dont la forme première désignait le loup.
La vérité se mit
à hurler -et elle ne cesse depuis- à me rendre sourd
Je me plonge dans
la contemplation des fesses de mes semblables.
Plus seulement
celles, trop agréables, des jolies petites agnelles.
Sûr quil y
a ici de nombreux autres loups à qui lon a fait croire quils étaient des
moutons.
Moi? Ill me
reste de nombreux coups de dents
Pour qui ?
J-L Vernal

SERMON
SUR LES SEPT DONS DU SAINT-ESPRIT.
1. La première grâce est la crainte du Seigneur.
Qui la possède, déteste toute iniquité, selon cette parole du Prophète : « J'ai
eu leur péché en horreur et l'ai exécré (Psal. CXVIII, 163), » et, dans un autre
endroit : « J'ai détesté toute voie d'iniquité (Ibid.). » Car il est écrit: « La
crainte du Seigneur hait le mal (Prov. III, 7). » Job est appelé « un homme
craignant Dieu et s'éloignant du mal (Job. I, 1). » Sans cette grâce, la première des
grâces et le principe de toute la religion, aucun bien ne peut se produire ou se
développer. De même en effet, nue la sécurité ou la paresse sont la cause et la source
de tous les manquements, de même la crainte du Seigneur est la racine et la gardienne de
tous les biens. Aussi l'Écriture dit-elle : « Si vous ne vous maintenez constamment dans
la crainte du Seigneur, votre maison sera promptement renversée (Eccli. XXVII, 4). »
Tout l'édifice des vertus, s'il vient à perdre le soutien de ce don, tombe de suite en
ruine. Aussi Salomon s'écrie-t-il: « Vivez chaque jour dans la crainte du Seigneur,
parce que vous aurez l'espérance au dernier jour et votre attente ne sera pas enlevée
(Prov. XXIII, 8). » De là vient aussi que l'Apôtre s'écrie : « Opérez votre salut
avec crainte et tremblement (Phil. II, 13). » Et pourquoi multiplier les citations ?
Religion et crainte sont choses corrélatives, et l'une ne peut demeurer sans l'autre.
Ainsi « Corneille était un homme religieux et craignant Dieu (Act. X, 2),» et Siméon
« était juste et timoré (Luc. II, 25). » Aussi Salomon donne cette leçon : «
Craignez le Seigneur et gardez ses commandements (Eccle. XII, 18). » Nous devons avoir en
nous ce sentiment de la même manière dont le bienheureux Job assure qu'il l'éprouve. «
Il craignit toujours Dieu comme des flots qui se précipitent sur lui (Job. XXXI, 23). »
Sous l'empire de cette crainte de Dieu, nous abandonnons tout, nous renonçons an monde,
et ainsi que le Seigneur l'a dit, nous nous séparons même de nous. « Si quelqu'un veut
venir après moi, qu'il se renonce lui-même (Luc. IX, 23). » Cette crainte divine rend
soumis à la pauvreté celui qu'elle pénètre parfaitement et elle l'éloigne du mal.
Elle est au premier rang parmi les grâces comme la pauvreté dans la série des
béatitudes: C'est de cette pauvres que le Seigneur a dit, en la plaçant comme le
fondement des autres vertus : « Heureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des
cieux leur appartient (Matth. V, 3). »
2. Le deuxième don est l'esprit de piété,
semblable à la seconde béatitude de l'Evangile dont le Seigneur a dit : «Heureux ceux
qui sont, doux, car ils posséderont la terre (Ibid.). » Dieu a dit, dans Isaïe, de ceux
qui sont animés de cet esprit : « L'esprit du Seigneur est sur moi, il m'a envoyé
prêcher à ceux qui sont doux (Isa. LXI, 1). » Moïse était aussi le plus doux des
hommes qui vivaient sur la terre (Num. XII, 3). C'est de ces hommes que Job dit . « Le
Seigneur élève très-haut les humbles : et il relève ceux qui sont affligés en leur
accordant la sûreté. (Job. V, 12). » Aussi est-il dit de même du Seigneur : « il
sauvera ceux qui sont humbles d'esprit (Psal. XXXIII, 19). » Au contraire, au sujet des
orgueilleux, il est dit : « Dieu résiste aux superbes (Isa. IV, 6). ». « Le coeur
s'exalte avant la ruine (Prov. XV, 18). » L'orgueil précipite de haut en bas,
l'humilité élève de bas en haut. Enflé de superbe dans les cieux, l'ange tomba dans
les enfers : en s'humiliant sur la terre, l'homme monte vers les cieux. Plus on est
élevé, plus on doit être humble. Aussi est-il écrit : « plus vous êtes grand, plus
il faut vous humilier (Eccli. III, 20), et vous trouverez grâce devant Dieu. » De là
vient que le Seigneur lui-même dit à ses disciples : « Celui qui voudra être le
premier parmi vous, sera votre serviteur (Matth. XX, 27). » Et encore : « Lorsque vous
aurez accompli tout ce qui vous a été commandé, dites : nous sommes des serviteurs
inutiles (Luc. XVII, 10). Le Seigneur dit encore : « Apprenez de moi que je suis doux et
humble de coeur (Matth. XI, 29). » Sans l'humilité; toutes les autres vertus ne peuvent
servir de rien. Aussi le bienheureux pape Grégoire, dit-il l'homme qui rassemble des
vertus sans l'humilité, est comme celui qui porte de la poussière en plein vent. Car de
même qu'un vent violent disperse la poussière et l'emporte, ainsi tout bien sans
l'humilité est emporté par le vent de la vaine gloire. Un pécheur humble, est de
beaucoup préférable au juste arrogant. C'est ce que le Seigneur nous montre évidemment
dans le passage où il cite. L'exemple du Publicain et du Pharisien (Luc. XVIII, 10) ;
c'est le jugement qu'a porté un certain sage qui a dit : mieux vaut une humble confession
dans le mal qu'on a fait , qu'une exaltation superbe dans le bien qu'on a opéré.
3. Le troisième don est l'esprit de science, dont
Salomon a dit : «Augmenter la science, c'est augmenter la douleur (Eccli. I, 18). » La
véritable science, en effet, consiste à savoir que nous sommes mortels, faibles et
fragiles, et que, dans cet exil, dans cette prison, dans ce pèlerinage, dans cette
vallée de larmes, nous devons souffrir et pleurer. Aussi, dans la troisième béatitude
qui correspond à ce don, il est dit « Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront
consolés (Matth. V, 5). » Et encore : « Malheur à vous qui riez maintenant: car vous
pleurerez (Luc. VI, 25). » Voilà pourquoi Salomon s'est écrié : « Le rire se mêlera
à la douleur, et le deuil occupe la fin de la joie (Prov. XIV,13). »
4. Le quatrième don est l'esprit de force,
semblable à la quatrième béatitude évangélique : « Heureux ceux qui ont faim et soif
de la justice, parce qu'ils seront rassasiés (Matth. V, 6).» En effet, l'homme qui a
faim et soif de la justice, est fort, invincible contre toutes les adversités dont aucune
ne le peut effrayer. Aussi Salomon a-t-il dit « Le juste est plein de sécurité comme un
lion, il sera sans aucune crainte (Prov. XXXVIII, 1), » et encore: « le juste, quoi
qu'il lui arrive, ne sera pas contristé (Prov. XII, 21). » C'est de cet esprit
qu'étaient animés tous ceux dont parle l'Apôtre en disant : les saints ont éprouvé
des railleries et reçu des coups; ils ont souffert, en outre, les chaînes et les
emprisonnements, ils ont été lapidés, coupés, tentés, ils sont morts par le glaive.
« Ils ont erré, couverts de peaux de brebis, de peaux de chèvres, indigents, dans
l'angoisse , affligés, âmes célestes dont le monde n'était pas digne, courant dans les
solitudes, se réfugiant sur les montagnes, dans les grottes et les cavernes de la terre
(Hebr. XI, 36). » L'Apôtre en était aussi animé lorsqu'il disait : « Qui nous
séparera de la charité de Jésus-Christ? Sera-ce la tribulation, etc. (Rom. VIII,
35) ? » Cet esprit supporte toutes les attaques de la malice d'autrui, et fortifie
contre les pièges des ennemis. Aussi l'Époux, en faisant l'éloge de son épouse,
dit-il: « Vous êtes belle, mon amie,
suave et belle comme Jérusalem, redoutable comme une armée rangée en bataille (Cant.
VI, 3). »
5. Le cinquième don est l'esprit de conseil, qui
fait avoir pitié et compassion des autres, il correspond à la cinquième béatitude : «
Heureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde (Matth. V, 7) » De là
vient que Salomon a dit : « l'homme porté à la miséricorde sera béni (Prov. XXII, 9).
» Nous pratiquons cette vertu en trois manières principales, ou bien quand nous
accomplissons les six oeuvres que nous lisons dans l'Évangile, ou bien quand nous nous
appliquons à corriger et à ramener dans le bien ceux qui s'en sont écartés, ou bien
quand nous pardonnons facilement les injures qui nous ont été faites. C'est le second
mode de clémence: je veux dire l'esprit de conseil, qui a porté Dieu à s'anéantir
lui-même, à prendre la forme de serviteur, afin de pouvoir ainsi corriger la brebis
égarée et la ramener à son propre bercail. C'est pour cela que l'Apôtre a dit: « Il
s'est livré pour nos péchés, afin de nous arracher au siècle présent qui est si
mauvais (Gal. I, 4). » Nous devons nous adonner à cette manière de conseiller, de la
façon que l'Apôtre nous marque en ces termes : « Insistez avec opportunité, avec
importunité (II Tim. IV, 2).» Il y a aussi une autre manière de conseiller, je veux
parler de la vertu de discernement, par laquelle nous distinguons les vertus réelles de
celles qui sont fausses et palliées, et par laquelle aussi nous reconnaissons Satan,
l'auteur de l'hypocrisie. Car Satan, ainsi que l'exprime l'Apôtre, «c se transforme en
ange de lumière (II Cor. XI, 14) : » et, selon la parole du bienheureux Cyprien, il
suborne des ministres d'injustice, donnant la nuit pour le jour, la mort au lieu du salut.
Ce don de conseil est la vertu maîtresse et souveraine de toutes les autres, elle les
modère conséquemment toutes, les régit d'en haut et les retient avec liberté , pouvoir
et discrétion, afin qu'elles ne s'écartent de la règle, ni en deçà ni au-delà. Aussi
Boèce a-t-il dit : les vertus tiennent le milieu. Si on dépasse la borne, ou si on reste
en deçà, on s'éloigne de la vertu.
6. Le sixième don, c'est l'esprit d'intelligence,
se rapportant à cette sixième béatitude: «Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, parce
qu'ils verront Dieu (Matth. V, 8). » Si le regard de l'esprit n'est point purifié avec
soin, l'âme ne peut comprendre nettement, les choses divines et mystiques. Il est écrit,
en effet : «L'Esprit-Saint de la discipline fuira la fiction et se dérobera aux pensées
qui sont sans intelligence (Sap. I, 5). » C'est pourquoi Salomon a dit : « Les pensées
mauvaises sont une abomination pour le Seigneur. Car
les idées perverses séparent de Dieu (Sap. I, 3). » L'homme qui veut avoir une
intelligence pure et lucide, doit donc s'appliquer à écarter les fantômes et les
brouillards des mauvaises pensées, et à conserver son coeur en toute diligence et
précaution. Aussi le même Salomon a-t-il écrit: «Gardez votre coeur avec toute
l'attention possible, parce que c'est de lui que procède la vie (Prov. IV, 13). »
7. Le septième don est l'esprit de sagesse, c'est
une saveur intérieure et un goût très suave. Aussi le Psalmiste en parle-t-il ainsi :
« Goûtez et voyez que le Seigneur est doux (Psalm. XXXIII, 9). » Et ailleurs «
Livrez-vous au loisir et voyez (Psal. XIV, 11). » Et encore : « Approchez-vous de lui,
et soyez illuminés (Psalm. XXXVI, 6). » Par le goût extérieur de la sagesse divine,
nous savourons à l'avance, quelque chose des réalités divines, c'est-à-dire, nous
contemplons combien il est agréable de se trouver au milieu des choeurs des anges, où
rien ne pourra se trouver de déplaisant, où rien ne pourra manquer de ce qui peut
plaire. Cette septième grâce se rapporte à cette béatitude véritable, dont le
Seigneur a dit : « Bienheureux ceux qui sont pacifiques, parce qu'ils seront appelés
enfants de Dieu (Matth. V, 9).» Effectivement, ceux qui ont l'esprit calme et serein,
goûtent plus doucement et voient plus clairement. Car, plus un homme est sage, plus il se
montre sage. D'où cette parole de Salomon : « La doctrine de l'homme se reconnaît à la
patience. » Ailleurs, il est dit de ceux qui sont dans ce cas : « une grande paix est
réservée à ceux qui aiment votre loi, et il n'y a pas de scandale pour eux (Psal.
CXVIII, 165), » les sept grâces sont les sept femmes qui prirent un seul homme ; les
sept esprits qui se reposent sur une fleur; les sept flammes qui brillent sur les
chandeliers ; les sept yeux placés sur la pierre, les sept esprits qui se tiennent devant
le trône de Dieu.

Bernard de Fontaine
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bernard/index.htm
  
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